15 février 2020

Du Pape François


Heureux ceux qui s’affligent…


Nous avons entrepris le voyage des béatitudes et aujourd’hui, nous nous arrêtons sur la seconde : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ».Dans la langue grecque dans laquelle est écrit l’Évangile, cette béatitude est formulée ainsi : « Heureux ceux qui s’affligent ». En effet, les bienheureux ne subissent pas ces pleurs, ils pleurent de l’intérieur. C’est une attitude qui est devenue centrale dans la spiritualité chrétienne, et que les pères du désert, les premiers moines de l’histoire, appelaient penthos, c’est-à-dire une douleur intérieure qui ouvre à une relation avec le Seigneur et avec son prochain, une relation renouvelée avec le Seigneur et avec son prochain.
Dans les Écritures, ces pleurs peuvent avoir deux aspects : le premier concerne la mort ou la souffrance de quelqu’un. L’autre aspect, ce sont les larmes à cause du péché - de son propre péché -, quand le cœur saigne de la douleur d’avoir offensé Dieu et le prochain. Il s’agit donc d’aimer l’autre de telle manière qu’on se lie à lui ou à elle jusqu’à partager sa douleur. Il y a des personnes qui restent distantes, un pas en arrière, alors qu’il faut plutôt laisser les autres faire une brèche dans notre cœur.
J’ai souvent parlé du don des larmes et dit combien il est précieux. Peut-on aimer de manière froide ? Peut-on aimer par fonction, par devoir ? Sûrement pas. Il y a des personnes affligées à consoler, mais parfois aussi, il y a des personnes consolées qui sont à affliger, à réveiller. Elles ont un cœur de pierre et elles ont oublié comment on pleure, et il faut oser réveiller les gens qui ne savent pas se laisser émouvoir par la douleur d’autrui.
Le deuil, par exemple, est un chemin amer, mais il peut aider à ouvrir les yeux sur la vie et sur la valeur sacrée et irremplaçable de toute personne, et à ce moment-là, on réalise combien le temps est bref.
Il y a une seconde dimension de cette béatitude paradoxale, c’est de pleurer son péché, et ici, il faut distinguer. Il y a ceux qui sont en colère parce qu’ils ont fait une erreur, mais cela, c’est de l’orgueil. En revanche, il y a ceux qui pleurent le mal qu’ils ont commis, le bien qu’ils ont omis, la trahison de leur relation avec Dieu. Ce sont là les pleurs pour ne pas avoir aimé, parce qu’on a à cœur la vie des autres. Là on pleure parce qu’on ne correspond pas au Seigneur qui nous aime tant, et la pensée du bien que l’on n’a pas fait nous attriste. C’est cela le sens du péché et cela nous fait dire : J’ai blessé celui que j’aime, et ça nous fait souffrir à en verser des larmes. Que Dieu soit béni si ces larmes viennent !
C’est la question difficile, mais vitale, de nos propres erreurs à affronter. Pensons aux pleurs de saint Pierre, qui le conduiront à un amour nouveau et bien plus vrai : ce sont des larmes qui purifient, qui renouvellent. Pierre a regardé Jésus, et il a pleuré : son cœur a été renouvelé - à la différence de Judas qui n’a pas accepté de s’être trompé, et le pauvre s’est suicidé. Comprendre son péché est un don de Dieu, c’est une œuvre de l’Esprit Saint. Tout seuls, nous ne pouvons pas comprendre le péché. C’est une grâce à demander : Seigneur, fais que je comprenne le mal que j’ai fait ou que je peux faire. C’est un très grand don, et une fois qu’on a compris cela, viennent les larmes du repentir.
L’un des premiers moines, Éphrem le Syrien, affirme qu’un visage lavé par les larmes est indiciblement beau. C’est la beauté du repentir, la beauté des pleurs, la beauté de la contrition ! Comme toujours, la vie chrétienne trouve sa meilleure expression dans la miséricorde - sage et bienheureux celui qui accueille la douleur liée à l’amour parce qu’il recevra la consolation de l’Esprit Saint, qui est la tendresse de Dieu qui pardonne et corrige. Dieu pardonne toujours : n’oublions jamais cela. Dieu pardonne toujours, même les péchés les plus graves, toujours. Le problème est en nous, qui nous lassons de demander pardon, nous refermons sur nous-mêmes, et ne demandons pas le pardon alors que lui est là pour pardonner.
Si nous gardons toujours présent à l’esprit que Dieu « ne nous traite pas selon nos péchés et ne nous rend pas selon nos fautes » (Ps 103, 10), nous vivons dans la miséricorde et dans la compassion, et l’amour gagne en nous.
Que le Seigneur nous accorde d’aimer en abondance, d’aimer avec le sourire, dans la proximité, le service, et aussi avec les larmes.

Catéchèse du mercredi 12 février 2020

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